PostHeaderIcon L'Hospice Général: de la charité à la volonté publique

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hospicegralL’Hospice général, qui aide les démunis et les requérants d’asile, vient de publier un livre à l’occasion de sa 475e année d’existence. Ce qui nous ramène au 14 novembre 1535. Ce jour-là, les citoyens genevois votent la création de «l’Hôpital général», qui regroupe les sept hôpitaux créés au Moyen-Âge, entre 1269 et 1429.

 

Ces Hôpitaux ont pour mission de soigner les malades pauvres, ou les pauvres malades. D’ailleurs, «pauvre» et «malade» étaient souvent synonymes : la pauvreté est vue comme une maladie honteuse. Et l’on verra avec l’arrivée de Calvin cette vision s’aggraver encore. En 1541, Calvin interdira la mendicité. Des officiers sont postés devant les temples pour en chasser les mendiants et les placer à «l’Hôpital commun».
Avec les grandes épidémies de peste, on construira un hôpital pour pestiférés à l’extérieur des murailles de la ville. Et on y hébergera généreusement (!) les étrangers de passage trop pauvres pour assumer leurs besoins… Voilà une politique d’asile dissuasive, bien éloignée de l’image d’une politique d’accueil généreuse que l’on véhicule si souvent à propos de la Genève de Calvin !
En 1631, on sépare les mendiants des autres assistés. La pauvreté est maladie, mais la mendicité est un vice : les mendiants sont donc conduits à la «maison de discipline». Les mendiants étrangers, eux, sont expulsés. La politique sociale vise pour l’instant moins à combattre la pauvreté, qu’à combattre les pauvres et à les chasser.
Il faudra attendre la révolution radicale de 1846 pour que tout change assez vite. D’abord, les personnes ayant bénéficié de l’aide de l’Hôpital général obtiennent le droit de vote. Le corps électoral augmente ainsi de 10% ! Ensuite, James Fazy séparera l’Hôpital général en 3 établissements : l’Hôpital cantonal, consacré aux malades, l’Asile pour vieillards et l’Hospice général, qui prendra ce nom en 1869. On sépare enfin les pauvres des malades. Ce n’est qu’en 2004 que l’on supprime «la dette sociale» : jusqu’alors, l’assisté était censé rembourser l’argent reçu de l’Hospice général. Résultat : si l’on parvenait à meilleure fortune, on était immédiatement accablé de dettes...
L’Hospice général reste un établissement autonome. Les immeubles qu’il a reçus en 500 ans d’histoire en font le plus grand propriétaire immobilier du canton. Des biens qui lui permettent de financer une partie de sa tâche. Une partie seulement : environ 5%. Le reste de son budget d’environ 1 million par jour provient de subventions de l’État et de la Confédération.

Bernard Favre

 

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