El dÃa en que Ginebra ejecutó la pena de muerte
Genève accueillera en février prochain le 4ème congrès mondial contre la peine de mort. Genève qui a elle-même aboli cette peine de mort en janvier 1871 (110 ans avant la France, dernier pays européen à franchir ce pas). Cette année-là , le Grand Conseil met un terme définitif à cette pratique en votant une loi initiée par le député radical Marc Héridier.
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Mais la peine de mort a suscité à Genève des débats passionnés quelques années plus tôt, dans lesquels est même intervenu le célèbre Victor Hugo. On est en 1862. Cela fait quinze ans que le radical James Fazy a fait sa révolution, changeant le visage de Genève, détruisant ses vieilles murailles, construisant de grands boulevards, accordant la liberté de culte et se reliant à Lyon et à Lausanne par chemin de fer. Mais Fazy a aussi des faces sombres, que ses adversaires conservateurs exploitent habilement. En 1861, il est éjecté du gouvernement, suite à une affaire de jeux d’argent. Le Parti Radical, qu’il a fondé, s’en trouve très affaibli.C’est à ce moment que Genève élit une assemblée constituante. Fazy, en rédigeant la constitution de 1847, avait prévu sa révision complète tous les 15 ans. C’est ainsi que, le 15 juin 1862, le peuple élit ses constituants. Et c’est une lourde défaite pour les radicaux. Les conservateurs (ou « Indépendants ») tiennent leur revanche.
Au sein de cette assemblée, ils feront tout pour annuler les avancées démocratiques et instaurer un système électoral défavorable aux radicaux. C’est là que le radical Antoine Amberny propose d’inscrire un article sur « l’inviolabilité de la vie de l’homme » et « l’abolition de la peine de mort. » Quelques mois plus tôt, le 26 mars, on avait exécuté un jeune criminel, Maurice Elcy, auteur d’un crime crapuleux. Malgré l’émoi populaire suscitée par cette exécution, la dernière de l’histoire à Genève, les constituants conservateurs refusent l’abolition par 49 voix contre 10.
C’est alors que le pasteur protestant Bost écrit à Victor Hugo, farouche adversaire de la peine de mort. Ce dernier enverra une magnifique lettre aux Genevois pour les persuader d’abolir la peine de mort. Les radicaux distribuent cette lettre à 5000 exemplaires. Les Genevois ne seront pas insensibles au lyrisme de Victor Hugo et, le 7 décembre 1862, rejettent cette constitution qui n’avait pas eu le cran d’abolir la peine de mort.
La Suisse abolira la peine de mort en 1942. Et c’est le 3 mai 2002, par l’adoption du protocole 13 à la convention européenne des droits de l’homme, que le Conseil de l’Europe abolit la peine de mort même en temps de guerre. La Suisse a signé et ratifié ce protocole le même jour. Elle avait déjà aboli la peine de mort en cas de guerre en 1991.
Bernard Favre





